La COP22, vue de l’intérieur

Mathieu Larouche, COP22, Marrakech

Rackam a envoyé son chargé de projet Mathieu Larouche à la COP22 qui se déroulait à Marrakech du 7 au 18 novembre dernier. Cette conférence internationale sur le climat réunissait les grands de ce monde pour parler de la lutte contre les changements climatiques. Retour sur un voyage riche d'expérience et de constats.

Mathieu, comment s'est passée ton arrivée au Maroc?

Je suis arrivée le mardi 8 novembre, mais la conférence commençait officiellement le lundi. Dès l'arrivée à l'aéroport, il y avait des kiosques d'accueil pour les participants à la conférence. Il y avait même des compagnies de téléphone marocaines qui distribuaient gratuitement des cartes SIM de téléphone, valide pour la durée de la conférence.

Marrakech 

Je suis rentré à mon hôtel et après m'être remis de mon voyage et du décalage horaire, j'ai participé le lendemain à un cocktail d'accueil d'Export Québec au Kenzi Club Agdal Medina. Rackam faisait partie de la délégation mission économique d'Export Québec et j'ai tout de suite été pris en charge par leur équipe, qui faisait un excellent travail.

Il faisait chaud là-bas ?

Non étonnamment Marrakech se trouve en altitude et à ce moment de l'année il faisait peut être 20 degrés en journée et la température chutait jusqu'à 7 ou 8 degrés la nuit.  On dormait très bien!

Comment se passaient tes journées à cette conférence internationale?

Élise Roy d'Export Québec nous envoyait 5 ou 6 courriels par jour pour nous annoncer les évènements à venir, les visites et les informations pratiques. Export Québec nous avait également mis en contact avec Mme Nouzha El Aouani, de l'entreprise D-Event. Elle nous a fait remplir un questionnaire sur les objectifs que l'on voulait atteindre à cette conférence, le type de personnes ressources ou représentants de compagnie que nous voulions rencontrer, etc. Elle s'est ensuite chargée de nous organiser des rencontres et des visites, qui se passaient majoritairement dans des kiosques du site ou dans des hôtels de Marrakech.

Parle-nous un peu du site, à quoi ça ressemblait et comment on entrait là? 

Le site était bouclé par un périmètre de sécurité, pour y entrer c'était comme dans un aéroport. Il y avait plusieurs points de sécurité, des détecteurs de métaux, etc. C'était impressionnant. Le site était construit sur un immense terrain au centre de la ville. Il y avait la zone bleue qui était dédiée aux affaires politiques et la zone verte, dédiée aux affaires civiles et commerciales. Il y avait plusieurs cantines et restaurants, des aires de repos, des grandes tentes, des kiosques c'était très bien aménagé et organisé et le site était très propre. Il y avait toujours quelqu'un pour astiquer une vitre ou nettoyer le plancher!

Moi je ne suis pas allé à la zone bleue même si j'avais l'accréditation, mais il y avait déjà amplement d'activité dans la zone verte. Il y avait beaucoup de kiosques d'entreprises et de projets civils, des initiatives locales au niveau de l'environnement ou de l'éducation. Ils distribuaient même des appareils USB permettant de télécharger le contenu des conférences, des powerpoints. C'était toujours animé, il y avait beaucoup de brassages d'idées et de l'effervescence dans l'air.

COP22

Est-ce que tu as senti que le Maroc avait une véritable volonté d'œuvrer pour les énergies renouvelables? 

Oui c'était vraiment palpable. Le Roi Mohammed VI a fait un discours très favorable pour les énergies vertes. Son pays contrairement à son voisin l'Algérie, est très dépendant des énergies fossiles et le Maroc a un énorme potentiel solaire. Il y a une très grande volonté et beaucoup d'effort de recherche pour que le Maroc concrétise cette vision étatique. J'ai pu assister à plusieurs Side Events dont une visite de l'IRESEN (l'institut de recherche en énergie solaire et en énergie renouvelable du Maroc). Ils sont à la fine pointe de la recherche dans le domaine et leurs chercheurs semblent très qualifiés. Ils sont en train de développer une grande expertise dans les différentes technologies solaires. 

J'ai aussi pu visiter la centrale énergétique solaire Noor à Ouarzazate dont  la phase I est en opération. Au niveau des technologies de concentration solaire, ce sont essentiellement les mêmes qu'utilise Rackam, mais à une tout autre envergure, ce qui entraine des défis techniques colossaux. La puissance développée par la première phase de ce projet ambitieux est de 160 MW électrique et la surface déployée des capteurs est plus de 600 fois la surface de capteurs utilisés au parc Alain Lemaire développé par Rackam !

Noor

Noor

Et ils veulent obtenir en fin de projet une puissance de 580 MW électrique. La centrale dispose en plus d'un stockage thermique permettant de différer la production électrique aux heures de pointe de consommation du réseau.  Pour la phase III du projet, la température atteinte est tellement importante qu'ils auront recours à des sels fondus comme fluide caloporteur et non une huile telle qu'utilisée plus couramment. Le Maroc se positionne donc clairement en faveur des énergies solaires et il devient une référence mondiale dans le domaine.

Tu as assisté à un cocktail en présence du premier ministre Philippe Couillard et du ministre de l'Environnement David Heurtel, as-tu senti une volonté de changement chez eux aussi?

Lors de ce cocktail au Savoy Grand Hotel, au-delà de certaines tensions politiques palpables, notamment entre des représentants syndicaux et le gouvernement, oui j'ai pu mesurer le sérieux de l'engagement du Québec dans ce domaine. Tout d'abord le premier ministre s'est déplacé, ainsi que son ministre de l'environnement, ce qui n'était à titre de comparaison loin d'être le  cas des autres provinces canadiennes et même de certains pays. Et le lendemain de ce cocktail Philippe Couillard et David Heurtel ont annoncé que gouvernement du Québec investirait 25 millions dans la lutte aux changements climatiques via leur programme de coopération climatique internationale.

Est-ce que Rackam pourrait bénéficier de ce programme dans l'avenir? 

J'ai lié des contacts très solides avec des partenaires potentiels là-bas. Je pense que le contexte est très favorable pour développer un premier projet de dessalement solaire au Maroc, avec l'appui de cette subvention. L'avenir nous le dira, mais je suis confiant. 

Propos recueillis par Johan Gass

Merci au groupe CAP COP22 pour les photographies de la centrale Noor et l'entrevue vidéo de Mathieu Larouche visible ICI.